Marché

Est-ce le bon moment pour acheter ?

Les taux ont remonté, mais les prix baissent : en Île-de-France, de 3 à 10 % depuis 2021 selon les ventes enregistrées. Un taux se renégocie, un prix d'achat jamais.

Rui Gomes, représentant · · 7 min de lecture

Un prêt se renégocie. Un prix d'achat, jamais. C'est la phrase qui tranche la question, et elle vaut d'autant plus aujourd'hui que les deux paramètres bougent en sens inverse : les taux sont nettement au-dessus de leurs planchers de 2021, et les prix, eux, ont baissé. Sur les ventes réellement enregistrées en Île-de-France, de 3 à 10 % selon le département en quatre ans.

« J'attends que les taux redescendent. » C'est la réponse que nous entendons le plus souvent depuis trois ans, et elle a l'air raisonnable. Cet article explique pourquoi elle revient le plus souvent à attendre le mauvais chiffre.

Ce que disent les ventes réelles, pas les annonces

On lit beaucoup de choses sur les prix. Le seul chiffre qui vaille est celui des actes signés, publiés par l'administration fiscale. Voici le prix médian au mètre carré des appartements vendus en 2025, et sa variation depuis 2021, département par département.

Territoire Prix médian 2025, appartements Depuis 2021
Paris 9 667 €/m² −10,5 %
Hauts-de-Seine 6 438 €/m² −8,5 %
Val-d'Oise 3 235 €/m² −5,6 %
Val-de-Marne 4 756 €/m² −5,2 %
Seine-et-Marne 3 348 €/m² −4,6 %
Seine-Saint-Denis 4 048 €/m² −3,9 %
Yvelines 3 956 €/m² −3,4 %

Source : Demandes de valeurs foncières géolocalisées, Etalab et DGFiP, ventes de l'année 2025 comparées à 2021, médiane sur la surface réelle bâtie. Ce sont les mêmes données que nous publions sur nos pages par territoire.

Deux remarques. La baisse touche les huit départements, sans exception, et elle est la plus forte là où les prix étaient les plus hauts. Et ces chiffres sont des médianes de ventes conclues : le prix auquel les gens achètent réellement, pas celui auquel les vendeurs espèrent vendre.

Un point de taux, cinq points de prix : ce que ça pèse

Pour comparer les deux effets, prenons un emprunt de 240 000 € sur 20 ans.

Scénario Mensualité, hors assurance Intérêts sur 20 ans
À 2,40 %, un taux de 2021 1 260 € 62 400 €
À 3,55 %, le très bon dossier de notre baromètre 1 398 € 95 500 €
À 4,55 %, un point de plus 1 525 € 126 000 €

Un point de taux vaut environ 125 € par mois. Personne ne dira que c'est négligeable, et ce n'est pas ce que nous disons.

Mais regardez ce que fait le prix. Le même bien acheté 5 % moins cher, c'est 12 000 € d'emprunt en moins, donc 70 € de mensualité en moins au même taux, et environ 800 € de frais d'acquisition économisés au passage. Et surtout, ces 12 000 € sont acquis pour toujours : ils ne dépendent d'aucune banque, d'aucune conjoncture, d'aucune renégociation à venir.

L'équivalence est simple à retenir. Sur ce dossier, un bien 5 % plus cher exige un taux à 3,00 % pour retrouver la même mensualité qu'à 3,55 %. À l'inverse, un bien 5 % moins cher supporte un taux jusqu'à 4,14 % avant de coûter davantage chaque mois. Autrement dit, la baisse de prix déjà constatée dans la plupart des départements franciliens a absorbé une bonne partie de la hausse des taux. Ce qu'il reste à absorber, le prêt peut le faire plus tard. Le prix, non.

Le prêt se renégocie. Le prix, jamais.

C'est le cœur du raisonnement, et il tient en un exemple.

Vous empruntez 240 000 € aujourd'hui à 3,55 % sur 20 ans. Dans trois ans, les taux ont perdu un point, à 2,55 %. Il vous reste 213 900 € à rembourser sur 17 ans. Vous faites racheter votre prêt, indemnité de remboursement anticipé, nouvelle garantie et frais de dossier compris :

Ligne Montant
Mensualité actuelle 1 398 €
Nouvelle mensualité 1 293 €
Économie mensuelle 105 €
Coût de l'opération, indemnité comprise 8 800 €
Gain net sur la durée restante 12 600 €
Point mort 84 mois

Et si votre banque accepte de renégocier par avenant plutôt que de vous voir partir, l'indemnité disparaît : le coût tombe à 5 000 €, le gain net monte à 16 400 € et le point mort à 48 mois. Notre calculateur de renégociation fait ce calcul sur vos propres chiffres, et notre article sur la méthode détaille ce qu'il faut vérifier avant de bouger.

Le taux d'aujourd'hui n'est donc pas une sentence. C'est une condition de départ, révisable dès que le marché le permet. Ce qui est signé chez le notaire, en revanche, l'est pour de bon. Personne n'a jamais renégocié le prix d'un appartement acheté trois ans plus tôt.

Ce que l'attente coûte, et ce qu'elle ne garantit pas

Attendre a un prix visible et un prix caché.

Le prix visible, c'est le loyer. À 1 150 € par mois, une année d'attente coûte 13 800 €, définitivement. Deux années, 27 600 €. C'est plus que ce qu'une baisse de taux d'un point rapporterait en économie mensuelle sur la même période.

Le prix caché, c'est le mouvement des prix quand les taux baissent. Une baisse des taux augmente la capacité d'emprunt de tous les acheteurs en même temps, et ce surcroît de demande se retrouve dans les prix. Ce n'est pas mécanique au mois près, mais c'est ce que les marchés immobiliers ont fait à chaque cycle. Attendre le taux bas pour acheter, c'est souvent obtenir le taux bas et payer le bien plus cher, ce qui revient à échanger la variable que l'on peut renégocier contre celle qu'on ne pourra jamais.

Il y a un cas où attendre est raisonnable : quand le dossier n'est pas prêt. Un apport qui ne couvre pas les frais d'acquisition et de garantie, une épargne vidée pour maximiser l'apport, des relevés de compte à assainir. Là, six mois de préparation valent mieux qu'un compromis signé trop tôt. Mais c'est le dossier qu'on attend, pas le marché.

Le bon moment, c'est celui de votre dossier

Nous ne faisons pas de prévision de taux, et nous nous méfions de ceux qui en font. Personne ne sait où seront les taux dans dix-huit mois, et les prix ne préviennent pas quand ils repartent.

Ce que nous savons, c'est ce qui rend un achat solide, quel que soit le moment :

  • une durée de détention d'au moins sept ans, parce que les frais d'entrée et de sortie mettent ce temps à s'amortir, comme le montre notre simulateur louer ou acheter ;
  • un apport qui couvre les frais, d'acquisition et de garantie, et une épargne résiduelle qui reste après ;
  • une mensualité que vous porteriez encore si le taux ne baissait jamais, parce que la renégociation est une chance à saisir, pas un plan sur lequel bâtir un budget ;
  • un dossier propre, trois mois de relevés sans découvert ni rejet.

Quand ces quatre conditions sont réunies, le moment est bon. Les prix constatés sont plus bas qu'il y a quatre ans, et le taux, quel qu'il soit, se retravaillera. Quand elles ne le sont pas, aucun niveau de taux ne rendra l'achat raisonnable.

Une précision de méthode : les chiffres de prêt de cet article sont calculés au taux du très bon dossier de notre baromètre du mois, avec une caution à 1,2 %, 900 € de frais de dossier et 1 500 € de courtage pour la renégociation. Ce sont des ordres de grandeur, pas un accord de banque, et un crédit vous engage.

Si vous voulez savoir où en est votre dossier, plutôt que le marché, notre simulateur de capacité d'emprunt donne votre budget réel, frais compris, et vingt minutes ensemble suffisent pour dire ce qui manque. C'est gratuit et sans engagement.

Article rédigé par Rui Gomes, représentant de MG Crédits Immobiliers, courtier immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 13002530. Les informations sont données à titre indicatif et ne constituent ni un conseil personnalisé ni une offre de prêt. Un crédit vous engage et doit être remboursé.

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