Fiscalité

SCI à l'IS : fonctionnement, avantages et le prix de la sortie

Amortissement, taux réduit, transmission : ce que la SCI à l'IS apporte, et pourquoi sa sortie ne bénéficie d'aucun abattement pour durée de détention.

Rui Gomes, représentant · · 8 min de lecture

Une SCI à l'IS ne paie souvent presque aucun impôt pendant des années, grâce à l'amortissement du bien. C'est l'argument qu'on entend le plus. Celui qu'on entend beaucoup moins : le jour de la revente, cet amortissement revient intégralement dans le calcul de l'impôt, sans le moindre allègement pour le temps passé à détenir le bien. Une détention longue, qui efface l'impôt en nom propre, l'alourdit dans une SCI à l'IS.

Voici comment la structure fonctionne, ce qu'elle apporte réellement, et le mécanisme de sortie à chiffrer avant de signer les statuts.

Ce qu'est une SCI à l'IS, et ce qu'elle change

Une société civile immobilière est dite « à l'IS » quand elle a opté pour l'impôt sur les sociétés, par choix ou parce que son activité l'y oblige. C'est le cas d'une SCI qui loue en meublé : la location meublée est une activité commerciale, elle bascule à l'IS de plein droit, quelle que soit l'intention des associés.

À l'IS, la société est un contribuable à part entière. Elle calcule son propre résultat, paie son propre impôt, au taux réduit de 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice puis à 25 % au-delà, sous réserve d'un capital détenu à au moins 75 % par des personnes physiques, condition qu'une SCI familiale remplit presque toujours. Les associés ne sont imposés personnellement que sur ce que la société leur distribue, à la flat tax de 30 %.

C'est la différence essentielle avec une SCI classique, dite « à l'IR » : celle-ci est transparente, chaque associé est imposé directement sur sa quote-part de revenus fonciers, comme s'il détenait le bien en direct. Une SCI à l'IR ne peut ni amortir le bien, ni offrir la mécanique décrite ici : c'est une autre structure, avec un autre calcul.

Les avantages qui justifient le montage

L'amortissement neutralise l'impôt courant. Une SCI à l'IS déduit chaque année une fraction du prix du bien : l'immeuble sur 30 ans, les travaux sur 15 ans, le mobilier meublé sur 7 ans. Cette charge comptable, qui ne correspond à aucune sortie de trésorerie, réduit le résultat imposable et, très souvent, l'annule pendant plusieurs années. Un investisseur imposé à 30 % ou plus sur ses revenus ne verra rien de tel en détention directe : l'amortissement n'existe qu'au réel meublé, jamais sur un bien loué nu en nom propre.

Le taux d'IS est bas, et plafonné. 15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, c'est en dessous de la plupart des tranches marginales d'impôt sur le revenu, avant même d'ajouter les 17,2 % de prélèvements sociaux qui s'appliquent en détention directe.

La structure organise le collectif. Investir à plusieurs, en famille ou entre associés, dans une indivision expose chaque décision à l'unanimité ou à la majorité des indivisaires, et rend une sortie individuelle compliquée. Les statuts d'une SCI fixent la gérance, la répartition des parts et les règles de sortie une fois pour toutes.

La transmission se prépare progressivement. Donner des parts sociales, année après année, dans la limite des abattements applicables aux donations, s'organise plus simplement qu'une quote-part d'immeuble en indivision. C'est un point à construire avec un notaire, propre à chaque situation familiale, mais c'est une vraie raison de choisir la SCI quand la transmission est l'objectif premier, plus que la revente.

Le piège : aucun abattement pour durée de détention

En détention directe, la plus-value immobilière bénéficie d'un abattement qui grandit avec les années : exonération totale d'impôt sur le revenu au bout de 22 ans de détention, exonération totale de prélèvements sociaux au bout de 30 ans. Le temps efface l'impôt.

Une SCI à l'IS n'est pas taxée sur une plus-value immobilière de particulier : elle est taxée sur son résultat, comme n'importe quelle société. Aucun abattement pour durée de détention ne s'applique, jamais. Et comme l'assiette de ce résultat est calculée sur la valeur nette comptable, prix d'acquisition diminué de tout ce qui a été amorti, plus la détention est longue, plus l'amortissement cumulé est important, et plus la plus-value taxable à la sortie est élevée.

C'est l'inverse exact de la détention directe, où attendre fait baisser l'impôt.

Voici ce que cela donne sur un même bien, un studio à 260 000 € avec 19 500 € de frais de notaire et 15 000 € de travaux, financé à crédit, selon la durée de détention :

Durée de détention Coût fiscal de sortie, SCI à l'IS Coût fiscal de sortie, détention directe (réel)
10 ans 29 200 €, soit 9,2 % du prix de revente 6 900 €, soit 2,2 %
15 ans 66 400 €, soit 19,3 % du prix de revente 10 300 €, soit 3,0 %
20 ans 109 200 €, soit 29,5 % du prix de revente 10 700 €, soit 2,9 %
25 ans 155 400 €, soit 38,9 % du prix de revente 7 700 €, soit 1,9 %

À 25 ans, la sortie de la SCI à l'IS coûte vingt fois plus cher, en proportion, que la même opération en nom propre. Ce n'est pas une anomalie de calcul : c'est le mécanisme normal de la structure, qui n'a simplement pas été pensée pour l'IR à la revente.

Le double niveau d'imposition à la sortie

La note de sortie ne s'arrête pas à l'impôt de la société. Ce qui reste après la vente et l'impôt sur les sociétés doit encore sortir de la SCI pour rejoindre la poche des associés, sous forme de dividende ou de boni de liquidation. Cette distribution supporte à son tour la flat tax de 30 %. Deux impôts, l'un après l'autre, sur la même opération.

Reprenons l'exemple à 15 ans de détention, avec une revente à 343 800 € :

Poste Montant
Valeur nette comptable du bien 167 700 €
Amortissement réintégré dans le calcul 126 800 €
Plus-value taxable à l'IS 147 200 €
Impôt sur les sociétés (15 % puis 25 %) 32 600 €
Flat tax sur la distribution du solde 33 800 €
Coût fiscal total de la sortie 66 400 €, soit 19,3 % du prix de revente

L'amortissement déduit chaque année n'a jamais été un cadeau : c'est un report d'impôt, pas une exonération. Il allège la facture pendant la détention et l'alourdit à la sortie, avec en plus le second passage de la flat tax que la détention directe ne connaît pas.

Une société holding, détentrice des parts sous le régime mère-fille, peut différer ce second niveau en réinvestissant le produit de la vente plutôt qu'en le distribuant aux associés. C'est un montage à étudier au cas par cas avec votre expert-comptable : il déplace le problème, il ne le supprime pas, et il a ses propres coûts de structure.

SCI à l'IS ou détention directe : ce qui doit trancher

Ni l'une ni l'autre n'a raison dans l'absolu. Trois questions permettent de choisir.

Avez-vous vraiment l'intention de vendre ? Si le projet est de transmettre le bien aux enfants sans jamais le sortir de la société, le mécanisme de sortie décrit ici ne se déclenche pas : les parts se transmettent, la société continue. C'est le terrain naturel de la SCI à l'IS.

Sur quel horizon raisonnez-vous ? Plus la détention avant revente est longue, plus l'écart se creuse en défaveur de la SCI à l'IS, à l'inverse de ce qu'on pourrait attendre. Un horizon court à moyen, avec une revente probable dans dix à quinze ans, doit intégrer ce coût dans le calcul de rentabilité dès le départ, pas le découvrir à la vente.

Quel est votre taux marginal d'imposition, et que faites-vous des loyers ? Un investisseur fortement imposé, qui n'a pas besoin des loyers pour vivre et préfère les laisser capitaliser dans la société plutôt que les percevoir chaque mois, profite pleinement du taux réduit de l'IS pendant la détention. Un investisseur qui a besoin du cash-flow chaque mois paie la flat tax sur chaque distribution, année après année, ce qui réduit d'autant l'avantage.

Notre calculateur de rentabilité locative compare terme à terme micro-foncier, réel, LMNP et SCI, à l'IR comme à l'IS, sur vos propres chiffres : prix, loyer, durée de détention, taux d'endettement. Il applique exactement le mécanisme décrit dans cet article, jusqu'au double niveau d'imposition à la sortie, pas une version simplifiée.

Ce qu'il nous faut pour étudier votre dossier

Le choix de la structure a des conséquences sur le financement lui-même : les banques exigent des garanties personnelles des associés pour prêter à une SCI, et certaines refusent tout simplement ce type de dossier. Décider la structure avant de déposer les demandes évite d'avoir à tout reprendre en cours de route.

Quatre éléments nous permettent de chiffrer votre projet et de le confronter à la détention directe :

  • le prix du bien et le montant des travaux envisagés ;
  • l'horizon de détention que vous visez, revente ou transmission ;
  • votre taux marginal d'imposition et vos autres revenus fonciers ou de capitaux ;
  • si le projet implique plusieurs associés, la répartition envisagée entre eux.

Le montage juridique de la société, statuts et répartition du capital, relève du notaire ou de l'avocat ; nous nous chargeons du financement et du chiffrage fiscal comparé. Le premier échange est gratuit et sans engagement, sur notre approche des financements pour investissement locatif.

Article rédigé par Rui Gomes, représentant de MG Crédits Immobiliers, courtier immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 13002530. Les informations sont données à titre indicatif et ne constituent ni un conseil personnalisé ni une offre de prêt. Un crédit vous engage et doit être remboursé.

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